Graffitis en libre service

Source: Mix en Bouche

Ils sont deux, Lek et Sowat, à avoir squatté un supermarché abandonné pour laisser libre cours à leur imagination. Ils y ont invité beaucoup d’autres artistes. Le résultat est une exposition, un livre et un film en stop motion qui retrace cette épopée. Il fallait absolument zoomer sur le phénomène.

Sowat, ami de notre graphiste maison Tabas s’est soumis au jeu des questions réponses afin de nous en apprendre plus sur leur démarche créative, leurs goûts (musicaux et culinaires) et leurs projets…

 

1) Comment cette aventure a t elle débuté?

Le projet a débuté par la découverte de Lek d’un supermarché abandonné dans le nord de Paris durant l’été 2010. Un endroit, sombre, sale et immense qui nous a tout de suite fasciné par son ampleur et le nombre des supports à peindre qu’il avait à offrir. Les lieux avaient été squattés pendant des années par des centaines de personnes avant que les forces de l’ordre ne chassent tout le monde du jour au lendemain. Dans la hâte, ils avaient laissé leurs vies derrière eux, leur nourriture, leur cartable d’écolier, leurs papiers d’identité etc… C’est cette accumulation de traces de vies gisant dans la poussière, d’espace à investir et de créativité sans limite des invités qui sont venus y peindre avec nous, qui nous a fait revenir sur place jours après jours, pendant une année.

2) Qu’est ce qui vous a décidé à faire connaitre le Mausolée?

L’envie de montrer ce que nous avions passé tant de temps à créer dans le calme et le silence de cette sorte de bulle dans la ville que peut être un bâtiment abandonné. Il y a un an et demi, quand on a commencé à faire venir nos tous premiers invités, on s’est dit qu’un jour, on ferait une exposition avec toute la matière qu’il y avait dans le lieu, que le soir du vernissage, on montrerait un film qui retrace la création des peintures pour la première fois et qu’il y aurait aussi un livre pour témoigner de l’ensemble de la démarche puis… puis on a passé l’année d’après a en douter… on a eu énormément de chance que tout cela finisse, tant bien que mal, par se passer comme on l’espérait.

3) L’un de vous deux connaissait bien ce supermarché lors de son enfance, comment s’est passé la redécouverte du lieu?

Lek allait effectivement dans ce supermarché avec ses parents lorsqu’il était jeune. Au fil des années, il s’est rendu compte que le bâtiment était abandonné, que le supermarché avait été fermé, mais il savait que de nombreuses personnes vivaient à l’intérieur. Il a donc attendu puis un jour, il s’est rendu compte que l’ensemble avait l’air désert, que tout avait été muré, barricadé. C’est à ce moment là qu’il s’est décidé à chercher un accès qu’il a finit par trouver en passant par l’arrière du bâtiment. Deux semaines après, il m’a invité à y peindre pour la première fois.

4) Comment avez vous réussi à garder le secret? L’envie de voir aboutir le projet devait vous habiter autant que la peur d’être découverts.

La peur que le lieu soit découvert ne nous a pas lâché pendant toute la phase de création dans le lieu, pendant les mois que nous avons passé à y peindre et réaliser le film en stop motion que l’on peut voir sur mausolee.net Elle s’est accrue lorsque des gens comme Keag, Sore ou Space Invader se sont mis à en exploiter l’extérieur du bâtiment, le rendant de plus en plus ‘visible’ à ceux qui sont habitués à chercher ce genre d’endroit. Après, quand nous avons cessé d’y aller pour nous atteler au livre, cette peur s’est faite plus diffuse. De toute manière, il n’y a pas grand-chose que l’on pouvait faire, si ce n’est croiser les doigts pour que les gens qui ont participé au projet n’en parlent pas trop autour d’eux. Ce qui a été le cas. C’est vraiment à eux que l’on doit que tout cela soit rester discret aussi longtemps…

 

5) Quel est le son qui vous accompagne quand vous arpentez les rues à la recherche de nouveaux lieux?

Le lieu était assez lugubre et inquiétant pour que l’envie d’y peindre avec un walkman sur les oreilles ne nous traverse pas l’esprit. On voulait pouvoir entendre le moindre son, au cas où quelqu’un, quelque part, débarque à l’improviste. Le seul à avoir été assez serein pour peindre dans les sous sols, seul, avec un casque sur la tête, c’est Dem189. Je sais qu’il écoutait, entre autre choses Driving this road until death sets you free de Zombie Zombie.Perso, je n’aurais pas pus le faire. On a plutôt écouté du son pendant qu’on travaillait sur le livre. On a passé des jours entiers à écouter en boucle les mêmes sons de Clams Casino, Asap Rocky, MF Doom, Aphex Twin et R. Kelly (même si Lek ne l’assume pas)

6) En plus du livre, vous avez préparé une exposition, parlez nous de celle ci.

On a passé des mois à trier, ranger, organiser et sortir des matériaux du lieu, que ce soit des lettres laissées par les squatters, des cartables d’écoliers, des gaines électriques évidées, des matelas et ainsi de suite en se disant qu’un jour, on montrerai tout cela dans une exposition. On espérait qu’en sortant tout cela de son contexte et en le montrant ailleurs, on pourrait toucher les gens de la manière que tout cela nous avait touché. On a démarché quelques lieux mais personne n’était intéressé par une exposition où il n’y aurait rien à vendre. Deux semaines avant la sortie du livre, on a parlé de notre problème à Valériane de la Taxie Gallerie qui nous a présenté Medhi de la galerie itinérance. Il dispose d’un lieu d’expérimentation prés de sa galerie, une espace de deux cent mètres carrés sans électricité ni eau, dans un immeuble moderne du 13ème arrondissement. Il nous l’a prêté et on s’est mit à y vivre quasiment nuit et jour pendant deux semaines pour préparer l’exposition. On a fait venir sur place les gens qu’on avait voulus inviter dans le Mausolée mais qui n’avait pas pus y venir comme Philippe Baudelocque, Sirius et Saten des 156, Seb174 ainsi que d’autres peintres (Swiz, Monsieur Qui, Hobz et Honda des Turbodesign, Smo et Fléo, Apotre des 1984, Legz et Dem189…) pour peindre les sols, les murs et les plafonds du lieu selon un système proche de ceux que l’on avait put expérimenter dans le Mausolée. Ensuite, on a mis en place tout ce qu’on avait ramené du lieu un an auparavant et croisé les doigts pour que des gens viennent… ce qui a été le cas, et pas que des graffeurs pour une fois. Notre amie Butterfly est venue sur place et à fait plusieurs clichés de l’ensemble, clichés que l’on peut voir ici.

7)      Comment pourriez-vous définir votre art? street art? underground? grapheurs indépendants?

Nous sommes des artistes issus du Graffiti. Cette culture a baigné notre jeunesse, dicté nos premières expérimentations, influe sur tout ce que nous faisons depuis, du choix des supports, aux matériaux et aux outils. Après, avec l’âge, nous avons finis par retirer nos œillères pour regarder ce qui se fait en dehors du mouvement, dans le land art, l’art contemporain, la calligraphie, la peinture classique, l’architecture et ainsi de suite. Tout cela fait désormais tout autant partie de nos influences et de notre travail que le reste.

8) Quel est votre sentiment sur le mouvement street food?

Je ne suis pas sur de ce qu’est le mouvement ‘street food’. S’il s’agit du fait de manger de la nourriture préparée et vendue dans la rue, j’ai l’impression que cela existe depuis la nuit des temps et qu’a l’heure actuelle, la moitié de la planète doit manger comme cela. La seule nouveauté que je vois est de l’ordre de la sémantique, d’avoir choisit d’appeler cela ‘street food’.

9) Quel est le repas type d’un grapheur?

Un grec frite

10) Si vous deviez mourir demain, bombe à la main, quel serez votre dernier repas?

Les vapeurs aérosols de nos bombes.

11) Qu’est ce que vous prévoyez dans les mois à venir?

On revient tout juste d’Angers où Lek est venu nous aider avec les Da Mental Vaporz à envahir un cloitre d’abbaye et une église abandonnée et on part en fin de semaine pour Dijon pour travailler… dans un autre centre commercial encore en activité.

 

Propos recueillis par Allison Poher

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