A la découverte de la grotte de Lascaux du tag

source: Tracks

Un reportage de Gabrielle Culand

Durant une année entière, sous le regard bienveillant des deux graffeurs français Sowat & Lek, quarante artistes y ont posé leur marque à la bombe. Cette résidence artistique sauvage a fait surgir ex-nihilo un monument dédié au graffiti en plein Paris. Les deux compères ont baptisé cette œuvre collective “Le Mausolée” : un supermarché de 40 000 mètres carrés !

Le Mausolée” rend hommage à la tradition underground du graffiti, qui reste un art illégal, passible de lourdes amendes. Contrairement au street-art, qui s’expose aujourd’hui dans les galeries, l’œuvre de Sowat & Lek n’est pas à vendre. Les seules traces de cette production pharaonique sont un livre et un film réalisé pendant les longues heures de peintures et d’installation. Pour la bande son, Sowat & Lek ont obtenu la précieuse collaboration du compositeur minimaliste américain Philip Glass.

“Lek, très vite, il a voulu aller peindre dans le noir, ce qui moi me semblait être une super mauvaise idée vu l’imagination que j’ai, parce que concrètement, une fois que tu es dans le noir et que t’es dans ce genre d’endroit, c’est hypergraphique, c’est glauque, y a du fer partout, tout est rouillé, y’a de l’eau, tu marches sur des choses, tu ne sais pas ce que c’est, t’arrives dans des pièces où il y a des toiles d’araignées couvertes de suie partout autour de toi, c’est très particulier. Ton imagination, elle prend le pas, et si tu imaginais des choses à la lumière, là c’est encore pire quoi. Mais au final, c’était la bonne idée, puisque c’est là où on a le plus vécu quelque part, où on a vraiment ressenti quelque chose”, dit Sowat.

Pendant l’été 2010, Lek découvre ce supermarché abandonné à côté de chez ses parents, porte de la Villette à Paris. Dénicher des lieux sinistrés pour peindre, c’est sa passion. Très vite, les tagueurs se mettent au travail, comme celui-ci, qui passe par hasard.

Lek grandit dans le nord de la capitale, où son père maçon s’était installé dans les années 1960. Après avoir fait ses gammes sur les voies ferrées dans son quartier, il se tourne vers les installations et l’abstraction. Passionné de lettrage, Lek cosigne en 2009 un ouvrage dédié à ce sujet : “Nothing but Letter”.

Sowat, lui, travaille en crew avec le collectif “Da Mental Vaporz”. Ancien élève en science politique, de mère américaine, il gagne sa vie en tant que traducteur, mais le graffiti, qu’il exécute avec de la peinture pour bâtiments, reste sa grande passion.

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“À la base, le but du graffiti, c’est de prendre un nom d’emprunt, à la base, on a un nom de scène, à la base, on a deux personnalités. Moi, j’ai celle sous mon nom normal, avec mes amis normaux qui sont pas dans le graffiti, et puis après y’a Sowat, avec qui… Donc à la base, l’ADN de la culture, c’est qu’on a tous le cerveau coupé en deux. On a fait un projet illégal, on est en train de vous parler à visage découvert, donc ça aussi c’est étonnant. Après, on pense qu’on a rien fait de mal, donc on peut vous parler à visage découvert et on a pas envie d’avoir l’air de Fantomas comme plein d’autres graffeurs ou artistes qui font ça à visage couvert donc… Oui, à la fois on veut le montrer et à la fois on est super contents que ce soit caché, oui on est complètement schizophrènes là-dessus, c’est pas en place, on va en parler à notre psy quoi !” s’amuse Sowat

Lek & Sowat ont reconstitué une partie du mausolée dans un appartement vide du 13e arrondissement de Paris, grâce au soutien de la galerie Itinérance. Dans cet espace, ils mettent en scène leur expérience de graffeurs-archéologues. Avant le passage des taggueurs, la police a chassé des squatteurs du supermarché abandonné. Dans leur fuite, ceux-ci ont laissé derrière eux toutes leurs affaires. Lek & Sowat ont récupéré ces objets, faisant surgir les fantômes de ces vies dispersées.
Chef opérateur : Marjory Déjardin
Ingénieur du son : Bruno Banquy

 

 

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